Ne rien décider pendant un an

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J’avais lu quelque part que lorsqu’on perd son conjoint, il vaut mieux s’abstenir de prendre des décisions importantes pendant la première année de deuil. Je crois que cette règle vaut aussi pour le décès d’un proche ou d’autres membres de la famille. Les premières semaines après le décès, on est aspiré par un tourbillon d’émotions parfois contradictoires, ce qui est loin d’être propice aux décisions raisonnables. On voudrait oublier sa tristesse ou ses griefs, changer de cadre, changer de vie… mais ce n’est pas le moment.

Trois domaines où il faut éviter de tout chambouler avant la pose de la pierre tombale:

1. Le logement: pour échapper à ses émotions et à ses soucis, ce serait tentant de déménager, de commencer une nouvelle vie ailleurs, dans un endroit où aucun souvenir ne nous lie au défunt. Quand mon père est parti vivre en appartement en 2005, j’ai racheté sa part de la maison. Mais est-ce que j’ai encore envie de vivre dans cette commune qui n’a plus vraiment le charme d’un village ( trop de traffic) mais qui n’offre pas non plus les avantages d’une ville? Question légitime mais mieux vaut se la reposer dans un an. Si je vendais ma maison maintenant pour m’installer dans un appartement, je risquerais de le regretter dans quelques mois.

2. La vie sentimentale. Quand on est particulièrement vulnérable, ce n’est pas le moment de retomber amoureuse d’un ex ni de commencer une nouvelle relation avec quelqu’un qu’on connait mal. Bien sûr, on aimerait avoir des bras dans lesquels se réfugier après l’enterrement ou quelqu’un pour nous épauler dans tous les problèmes et formalités liés à la succession. Mais si on n’est plus avec son ex, c’est probablement pour une bonne raison qui est toujours d’actualité. Quand à trouver une nouvelle relation, rien ne presse. Mieux vaut se blottir contre son doudou couverture que de chercher une « relation-pansement ». La tristesse serait mauvaise conseillère.

3. Le travail. Le deuil va de pair avec une grande fatigue. On passe des nuits blanches à en vouloir au défunt ou à regretter ses propres réactions. Si seulement il avait accepté de faire la dyalise, pourquoi nous ne sommes pas allées le voir plus souvent?, pourquoi il a refusé la place dans le home près de chez nous?… On est épuisé et irritable. On supporte moins bien les contraintes liées au travail: les trajets, les horaires extensibles, les manies de certains collègues. On finit par croire que l’on serait plus heureuse ailleurs, dans un autre métier même si on est trop fatiguée pour savoir lequel. Et si on restait tout simplement à la maison pour procrastiner tranquille? Je sais bien qu’il ne faut pas lâcher le travail, pour des raisons financières mais aussi parce qu’il structure nos journées. Sans cette structure, certes contraignante, on risque d’être happée par la dépression. Le temps que je passe à me plaindre de mes horaires au parlement, je ne le passe pas à me demander si mon père m’aimait.

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